Mot du président

✦   ✦   ✦

« Dieu, le Très-Haut, a bien voulu combler ce pays de compétences de valeur en arts et métiers et de potentialités jeunes et prometteuses. »

Message Royal — Colloque national sur le Livre Blanc de l’artisanat et des métiers Fès, 14 septembre 2001


C’est dans cet esprit que la 29e édition du Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde, placée sous le thème : « Gardiens du Geste et du Patrimoine » célèbre celles et ceux qui préservent et perpétuent le patrimoine dans ses formes les plus vivantes. Les artistes, les musiciens, les ensembles et les créateurs ne sont pas seulement des interprètes : ils sont les dépositaires de mémoires, les passeurs de traditions, les gardiens de gestes affinés au fil des siècles.

Cette vérité ne se limite ni à une région du monde, ni à une seule tradition. D’un continent à l’autre, l’humanité a confié une part essentielle de sa mémoire au geste. En Afrique, par l’oralité, le rythme, et le rituel ; en Asie, par la discipline des formes, la précision des savoir-faire ; en Océanie, par des pratiques où se rejoignent la terre, les ancêtres et la communauté ; dans les Amériques, par des gestes de transmission, de réinvention ; en Europe enfin, par les ateliers, les arts sacrés, les métiers et les œuvres façonnées par la main.

Et c’est à Fès que cette mémoire vivante trouve l’une de ses expressions les plus profondes. Fès n’est pas seulement une ville de mémoire ; elle est une ville où la mémoire demeure à l’œuvre, où l’héritage se transmet encore par les gestes, par les savoir- faire, par cette fidélité silencieuse qui relie les générations les unes aux autres. Ici, le patrimoine ne vit pas uniquement dans les pierres, il vit dans les ateliers,  dans les matières travaillées avec patience, dans la précision d’une main, dans la rigueur d’un savoir-faire, dans la permanence de métiers qui continuent de donner forme à l’âme même de la cité.

Dans l’art du zellige, du cuir, du bois sculpté, du tissage, de la calligraphie ou du métal, de la broderie….Fès nous rappelle avec force qu’un patrimoine n’est jamais aussi vivant que lorsqu’il continue d’être pratiqué, transmis, incarné. C’est sans doute ce qui donne à notre thème une résonance si profonde dans le monde contemporain. Nous vivons une époque de transformation rapide, où les technologies redessinent nos rapports au savoir et à la création. L’intelligence artificielle, en particulier, ouvre des horizons considérables. Elle promet d’élargir l’accès à la connaissance, d’accroître les capacités humaines, d’inventer de nouveaux langages de création. Et nous aurions tort de ne pas en reconnaître la portée.

Mais précisément parce que ces avancées sont immenses, elles nous imposent une vigilance à la mesure de leur puissance. Car ce que porte le geste humain ne saurait se réduire à la seule performance, ni à la seule reproduction des formes. Il est fait de ce temps long par lequel la main se forme, par lequel une tradition se transmet, par lequel une œuvre reçoit ce supplément d’âme que rien ne remplace. Dès lors, protéger le geste ne revient pas à tourner le dos à la modernité.

Protéger le patrimoine, ce n’est pas seulement préserver le passé. C’est rendre possible un avenir pleinement humain.


Abderrafia Zouitene
Président