Édito du Directeur Artistique

Le Sacré au quotidien Ville fondatrice, héritière d’une connaissance mystique et savante issue des canons du savoir arabe antique, Fès était considérée - à l’instar des villes saintes (Jérusalem, la Mecque) - détentrice d'un double céleste.

Aujourd’hui, le reflet de ce savoir sacré se mire dans les pratiques des confréries soufies et est abrité religieusement dans l’enceinte historique de la bibliothèque de la Quaraouyne.

Le savoir et la pensée qui préside à son ordonnancement sont matérialisés, officiés, par le geste manuel de l’artisan. Idriss II, fondateur de Fès, porte précisément le nom du Prophète Idriss. Dans certains hadiths ce dernier est considéré comme le transmetteur de l’artisanat et incarne l’ancêtre des mathématiciens, architectes, artisans bâtisseurs de temples et de pyramides, astronomes, mais aussi celui des couturiers.

Au Ciel, nous dit la légende, les anges furent tant impressionnés par ses bonnes actions que celui de la mort demanda à Dieu la permission de descendre sur terre, sous une apparence humaine, pour le rencontrer. Il s'installa alors auprès du prophète et le convainquit de se donner la mort afin de visiter l'enfer puis le paradis - paradis, dont il refusa de sortir, si bien qu'avec la permission de Dieu, Idriss devint une créature immortelle !

Fès, sa médina et ses quartiers forment un puzzle dont chaque pièce s’emboîte. L’harmonie qui se dégage de cet agencement dessine sous nos yeux une géographie de bois, cuivre, argile, fer, encre et mosaïque. S’il y a une immortalité de l’humanité, elle réside, bel et bien, dans l’acte de transmission. Perpétré de génération en génération par ces artisans qui reproduisent la magie de l’instant où beauté et pureté du geste créateur frôlent le divin. C’est cette même fulgurance que l’on retrouve dans la musique et la puissance de la voix si chère aux cultures d’Orient.

Pour témoigner de cette transcendance, de nombreuses voix féminines seront privilégiées cette année. Pour n’en citer que quelques-unes : Ghada Shbeir et le chant araméen ; la fassie Nabyla Maan ; Kaushiki Chakrabarty, diva de la musique classique indienne ; la fameuse chanteuse soufie pakistanaise Sanam Marvi ; Niamh Bury et sa version de la tradition irlandaise ; Kat Frankie et le chœur de femmes Bodies ; l’Arwach du village Isaffen du Haut-Atlas et bien d’autres.

Enfin, un grand “samaa” verra la rencontre de la tradition Mevlevi et Marocaine, prolongée par le rendez-vous rituel des nuits soufies. Pour parfaire cette quête vocale, nous assisterons au grand retour du grand Sami Yusuf, incarnation même d’un chant sacré qui, à partir d’un solide ancrage traditionnel, ne cesse de se renouveler dans la célébration d’une beauté tournée vers le ciel.

Par Alain Weber
Directeur artistique