Architecture et musique

 « On ne saurait mieux préciser la sensation produite par la musique qu’en l’identifiant avec celle que provoque en nous la contemplation du jeu

des formes architecturales. Goethe le comprenait bien qui disait que l’architecture

est une musique pétrifiée. »

Igor Stravinski

« Certes, il est plus facile de détruire que d’édifier… »

Ibn Baṭṭūṭa

Quelle que soit l’origine du nom retenue, de la pioche (en arabe سفأ: Fä’s) citée par Ibn Abi Zar à celle, d’or et d’argent, qu’aurait utilisée Idriss 1er pour creuser les fondations de la ville, ou encore du berbère asafi (rive droite) pour l’origine almoravide réunissant deux agglomérations derrière une même muraille… Et quel que soit le point de vue retenu, face aux remparts ou perdu dans le labyrinthe des ruelles de la Médina, dans ses jardins intérieurs comme à l’ombre de ses palais, la ville de Fès semble nous raconter une histoire de fondations, de murs, de constructions, un rêve d’architecture qui nous emporte ou nous perd dans des lignes et des courbes en trois dimensions… Géométrie des bâtiments, calligraphies et arabesques de l’ornementation, l’architecture de la ville historique peut se décrire en deux mots qui définissent aussi la musique : la forme et l’ornement.

Car tout en musique est une histoire d’architecture, de forme et d’ornement, tout est question de constructions, de lignes, de pleins, de vides, de superpositions, de hauteurs… La musique inscrivant dans le temps ce que l’architecture inscrit dans l’espace, l’une et l’autre soucieuses de justes proportions, de géométrie, de physique, d’harmonie, de mathématiques et de toute la spiritualité que contient le mot esthétique, aesthesis chez les Grecs de l’antiquité, à la fois sensation et sentiment. Même la notion de maqâm, liée à l’échelle mélodique et commune aux grandes suites musicales que l’on trouve de l’Afrique du Nord jusqu’à l’Asie Centrale, désignait à l’origine une construction, le lieu où se jouait la musique…

C’est donc sur cette idée, en suivant les possibilités offertes par des musiques sacrées – et de sacrées musiques – rencontrées depuis le Maroc jusqu’à l’Asie, en passant par l’Afrique et en baignant dans la Méditerranée qui lie depuis des siècles l’Orient et l’Occident, que nous avons construit cette programmation, faite d’architecture et de spiritualité en musique, avec le souci permanent d’offrir au public une fête musicale digne de la « Zaouia de Fès » qui selon le voyageur Ibn Baṭṭūṭa – parti du Maroc pour admirer « les splendeurs des villes » et y revenir, une fois 120 000 kilomètres accomplis – « n’a pas sa pareille dans tout l’univers, pour l’agrément de la situation, la beauté de la construction et ses ornements… »

 

Bruno Messina
Directeur artistique