Géométrie et mélodie divine

De l’ancien arbre sacré aux statues de Bouddha gravées dans la pierre, de la cathédrale gothique à la synagogue hébraïque, des temples baroques de l’Inde aux mosquées impériales du Royaume du Maroc, l’espace devient l’expression matérialisée du divin et trace des axes de circulation entre le Créateur et sa création, le ciel et la terre, le cosmos et la nature.

La parole divine s’inscrit dans la pierre calligraphiée, la voûte évoque le monde de la lumière céleste. Les colonnes renvoient à l’élévation. Les coupoles et leurs résonances provoquent cette sensation du retour à l’Éden originel.

Toute démarche mystique s’inscrit dans ce désir de retrouver cette profonde sensation de symbiose avec son créateur.  Le munshid pleure l’absence, la séparation avec le Bien-aimé, comme l’ermite chrétien s’isole du monde pour chercher la présence du Père céleste.

Les incantations du chantre s’élèvent vers la hauteur des voutes, comme pour se rapprocher des anges. Elles tournoient et serpentent comme un oiseau dans une cage. Elles voudraient pouvoir s’envoler au-delà des colonnes et des dômes, tandis que la voix, autrefois vivante du muezzin, couvrait le ciel au-dessus du tumulte de l’activité humaine.

L’Art de bâtir du monde islamique, prend une résonance toute particulière au Maroc, mosquées, madrasas, palais, médinas et casbahs, sont l’objet d’un jeu d’ombres et de lumière reflétant une tradition artistique unique. Tel le Sahn, le patio de la mosquée, source de lumière et d’air où l’eau des fontaines murmure fraicheur et douceur comme dans la mosquée Al Qaraouyine.

La dynastie alaouite et la construction grandiose de la mosquée Hassan II sont l’aboutissement et la continuité de l’architecturale sacrée au Maroc. Des premiers temps de l’islamisation au VII° siècle, des dynasties almoravides (mi XI°- XII° siècles) et almohades (mi XII°-XIII° siècles) à la dynastie mérinide, l’art d’inspiration arabo-andalouse a côtoyé les influences des cultures d’Afrique noire, sub-sahariennes et juives.

 

En hommage aux grandes religions du monde, nous voguerons dans un univers de sons et de voix qui, comme une pierre lancée dans une eau dormante, créeront d’innombrables cercles d’ondes et d’émotions.

D’après Pythagore, la cosmogonie et l’harmonie universelle sont par essence musicales.  Le fonctionnement du ciel, d’après le philosophe, associait les orbites célestes à des sons différents et ce dernier il voyait dans la musique terrestre une imitation de la musique du “cosmos”.

Cathédrales, mosquées, temples obéissent aux lois de la proportion divine inspirée de celle du corps humain à travers le mythique nombre d’or. Les bâtisseurs du Moyen-âge en se basant sciemment sur des nombres irrationnels, avaient la conviction qu’en créant la Terre et l’Univers Dieu leur révélait un secret.

Entre nature et sacrée et à travers les artistes en transit d’Extrême-Orient en l’Amérique, nous traverserons différents écosystèmes, manifestations tangibles d’un ordre universel de plus en plus menacé.

Bardes de l’Himalaya et de l’Altaï Mongol, voix du désert du Rajasthan, samâ mystique du Maroc, voix liturgiques des églises d’Arménie et musiques anciennes de l’Occident démontreront, tout comme la création architecturale, la diversité du génie Humain.

Tradition populaire des Appalaches et musique klezmer, chants bretons revisités, vièles de Chine et xylophones du Mozambique, légendes de Corée, chant judéo ladino, mélopées de l’ancien royaume hindouiste de Sunda, blues et gospel portés par la voix de Barbara Hendricks, chants soufis d’aujourd’hui, Tous expriment inlassablement la tentative de sublimer ce lien entre humain et divin, nature et monde céleste. Monde dont, pendant ce festival, Fès se fera l’écrin, le temps d’un festival.