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2005 - 11ème édition

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« Rencontres de Fès » Colloque 2004
Compte rendu du 2 juin  :
La culture de la paix au Proche et au Moyen-Orient (2ème partie)

Tout au long du dernier jour des Rencontres de Fès 2004 a résonné le sentiment que « les douze coups de minuit avaient sonné pour le monde », et que rien n’était plus urgent que de résoudre les conflits régnant sur notre planète et tout particulièrement la situation en Israël et en Palestine. Les débats tournés vers ces deux pays se sont aussi, à plusieurs reprises, penchés sur le Maroc et les problèmes du monde arabe de façon plus globale. Le colloque officiel s’est organisé en deux parties – deux présentations, très personnelles, de la part de Leila Chahid et Simone Bitton et suivies par un débat avec l’assistance ont inspiré le premier volet ; puis un panel de discussion ayant pour mission de répondre aux idées et analyses issues des deux présentations a ensuite ouvert les portes de la seconde partie. Dans ses conclusions, le colloque a de nouveau donné la parole à l’assistance et ce précieux échange a permis de voir fleurir une vaste gamme d’idées sur la stratégie et les moyens à mettre en œuvre pour aller de l’avant. L’atelier de l’après-midi s’est de nouveau penché sur l’énigme israélo-palestinienne, tout en explorant les idées concernant l’avenir de ce colloque ainsi que de l’esprit de Fès.

La matinée a retenti avec force, chaque intervenant se faisant en ses propres termes le porte-parole de l’urgence de la situation mais également de l’impact imminent du conflit sur sa propre vie. Chaque mot était chargé d’émotion et chacun a témoigné de son engagement personnel et de ses sentiments. Il a été tout à fait remarquable de constater que, bien que nombreux aient été ceux à parler de la colère et des risques de la haine, du désespoir et de l’injustice, leurs paroles se sont exprimées sans colère mais soutenues par un espoir déterminé et une croyance dans le pouvoir ultime de la justice et des valeurs partagées. L’esprit de Fès et son engagement au partage de visions différentes et à la compréhension de ces dernières était très présent. Il s’est par ailleurs imposé dans les nombreux appels lancés pour une nouvelle étude de l’histoire – afin de faire émerger les débats clos et enfouis depuis longtemps et de les examiner sous une lumière nouvelle. La recherche continuelle et pressante de moyens d’action s’est exprimée en posant la question suivante : comment chaque individu peut-il agir pour créer la différence ?

La profonde et énigmatique complexité des conflits actuels du Proche-Orient et de l’histoire qui les a nourris a traduit ce sentiment, déjà partagé auparavant, qu’il n’est de plus grand danger que de représenter et d’analyser les problématiques en noir et blanc. La perspective guidant notre avenir doit repenser l’histoire et en revoir l’enseignement ; une mission qui requiert une participation active des écoles, des universités, de chaque citoyen, des dirigeants politiques, des institutions religieuses mais aussi et peut-être avant tout des médias. Lancer des accusations restera stérile – ce n’est pas un problème de l’occident ni celui d’un pays, d’une communauté ou d’un individu en particulier ; c’est la résultante d’une histoire complexe et interliée, dont les projecteurs diffusent une image totalement faussée.

En présentant Leila Chahid, André Azoulay a souligné son courage, son optimisme et son sourire contagieux, donnant ainsi le ton et la parole à Leila qui a affirmé avec véhémence que tous en Israël et en Palestine ne souhaitent que la paix. Leila a présenté son histoire, l’exil de sa famille hors de Palestine, son éducation en tant que militante palestinienne de la troisième génération et le fait que les éléments du conflit palestinien ont accompagné l’éveil de sa conscience. Le temps est venu, a-t-elle affirmé, d’en finir avec les souvenirs du passé qui sous-tendent le conflit. Elle a ensuite traité du Maroc, évoquant son amour pour ce pays qu’elle a adopté suite à son mariage et qui l’abrite depuis 15 ans.

Simone Bonnet a ouvert son intervention sur sa propre histoire – elle a exprimé les doutes et craintes qui l’avaient tout d’abord immédiatement assaillie à l’idée de venir à Fès, puis a affirmé son identité de marocaine par son déménageant et en obtenant récemment un livret de famille bien tangible – une identité non fondée sur sa religion juive, mais sur la citoyenneté. Simone a salué le sens de communauté de valeurs et d’intérêts qui souffle à Fès, car c’est précisément cela qui permet à des individus aux opinions différentes mais partageant des valeurs communes de se rencontrer. Cet esprit, mais aussi la découverte et la reconnaissance de personnes originaires de lieux souvent diabolisés, faisant preuve d’une humanité déterminée et partageant ses idéaux lui ont inculqué une force nouvelle. Ce défi de construire des idées, donner naissance à des actions et même d’ériger des institutions sur la base d’intérêts communs au travers de mondes conflictuels est une graine précieuse qui doit être nourrie pour pouvoir grandir et faire fleurir la paix.

L’amitié et les querelles avec deux amies d’écoles israéliennes ont apporté à Leila un puissant sens d’humanité au-delà du conflit : ils nous faut chérir ce sentiment et construire sur ces bases d’humanité le chemin de l’espoir. Son témoignage nous a rapprochés des débats de la précédente journée consacrés au Maroc et aux relations complexes du pays avec la communauté juive à travers l’histoire, une question à la fois bien réelle mais qui illustre également en tant que métaphore un défi d’une envergure bien plus grande : Souvenir ou amnésie ? Dialogue ou confrontation ? Différences des cultures ou communauté unique ? Son récit très personnel a fait ressortir la tristesse éprouvée à la perte du sens de communauté qui régnait régnant dans le Maroc d’hier, lorsque différentes cultures se côtoyaient, dans la vie quotidienne comme dans la mort. Les participants ont saisi l’importance cruciale de retrouver le racines historiques réelles de ce sens de communauté et de revaloriser l’héritage des communautés juives qui a tant façonné l’histoire du Maroc et celles de nombreux autres pays du monde arabe.

Les discussions se sont fait l’écho des débats sur la colère, la haine, l’indignation, la compassion, l’inertie et la volonté d’agir, tous soulevés précédemment lors du colloque. Leila Chahid a soutenu que la colère et la haine ne doivent pas être assimilées – la colère est avant tout issue du sentiment profond de justice de la cause palestinienne ; ce sentiment s’est trouvé renforcé avec la reconnaissance du droit d’Israël à l’existence et ne fera que grandir s’il ne soutient que l’action au sein des territoires palestiniens.

Un autre thème fondamental et fréquemment abordé lors des discussions a été celui du rôle de la société civile, un rôle clé déjà pris en charge par de nombreux citoyens mais qui reste cependant à déployer plus largement pour en optimiser les potentiels. Telle est la voie menant aux solutions – une participation active de chaque citoyen, mères, avocats, docteurs, enseignants, jeunes et anciens, et non une simple élite. Cette société civile est celle qui abrite les héros et héroïnes qui ont inspiré Leila Chahib et Simone Bonnet.

Leila Chahib a fait rayonner le grand chêne de Fès d’une nouvelle lumière ; elle nous a conté l’histoire d’un arbre encore plus ancien de Jérusalem dont les racines puisent dans les terres du lieu où vivait sa famille, il y a bien longtemps. L’idée est apparue de relier ces deux arbres, en tant que symboles, mais aussi plus concrètement, en tant qu’éléments relationnels pour guider notre avenir.

Le second panel s’est penché sur une large gamme de thèmes forts, parmi lesquels la colère, la haine, le souvenir, l’histoire, le sens de communauté et la solidarité. Les discussions ont révélé l’ambivalence caractérisant la voie du futur et la difficulté à rompre avec l’amertume. Toutefois, la question de Fatema Mernisi, souvent reprise, s’est imposée comme une ligne directrice majeure : que pouvons-nous faire ? Où, quand, comment, que faire et par quels moyens pouvons-nous agir pour aller dans la bonne direction ? De nombreuses réponses – certaines étayées par des voix d’Afrique du Sud ainsi que des États-Unis, évoquant la rupture marquante avec un système éducatif distinct mais égalitaire entre les Noirs et les Blancs – ont été apportées et nous ont souvent rappelé que la diversité, la ténacité, la complexité et la créativité des actions de chaque citoyen sont les véritables moteur du changement et les réponses aux problèmes les plus rebelles.

Il nous a été rappelé que la paix, n’est après tout pas si complexe. Elle repose somme toute sur des valeurs très simples, à savoir le respect d’autrui. L’enjeu tient au fait qu’il n’y a pas une paix, mais plusieurs paix. Celles-ci partagent cependant des fondements simples et identiques pour nous tous.

Pour finir, Leila Chahib nous a demandé de ne pas nous fier à ce qui est présenté aujourd’hui comme la panacée – à savoir penser globalement et agir localement – pour au contraire, penser globalement et agir globalement TOUT EN pensant localement et en agissant localement. En d’autres termes, un appel à la mobilisation de toutes nos énergies dans le but ultime d’apporter la paix et le changement. Nous devons réveiller ceux qui sommeillent.

L’atelier de l’après-midi a pris la forme d’une séance de « brainstorming », de laquelle ont émergé des idées diverses et variées et la constitution d’un comité ayant pour mission de les identifier et de les explorer plus profondément. Parmi ces idées, le projet d'un « appel de Fès », des suggestions d’établissement de contacts, des propositions d’actions au niveau des médias, une action au Maroc, et avant tout, la recherche de toutes les voies possibles pour maintenir et faire souffler encore plus fort l’« esprit de Fès ».


Parmi les intervenants : Leila Chahid et Simone Bitton ont dirigé les présentations du premier panel animé par André Azoulay et Faouzi Skali ; le second panel réunissait André Azoulay, Mohamed Zaoui, Fatema Mernissi, Susan Steiner, Mireille Mendes-France, et Simon Levy, sous la direction de Faouzi Skali.

 


   
   

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