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« Rencontres
de Fès » Colloque
2004
Compte
rendu du
2 juin :
La culture de la paix au Proche et au Moyen-Orient (2ème partie)
Tout
au long du dernier jour des Rencontres
de Fès 2004 a résonné le
sentiment que « les douze coups
de minuit avaient sonné pour
le monde », et que rien
n’était plus urgent que
de résoudre les conflits régnant
sur notre planète et tout particulièrement
la situation en Israël et en Palestine.
Les débats tournés vers
ces deux pays se sont aussi, à plusieurs
reprises, penchés sur le Maroc
et les problèmes du monde arabe
de façon plus globale. Le colloque
officiel s’est organisé en
deux parties – deux présentations,
très personnelles, de la part
de Leila Chahid et Simone Bitton et
suivies par un débat avec l’assistance
ont inspiré le premier volet ;
puis un panel de discussion ayant pour
mission de répondre aux idées
et analyses issues des deux présentations
a ensuite ouvert les portes de la seconde
partie. Dans ses conclusions, le colloque
a de nouveau donné la parole à l’assistance
et ce précieux échange
a permis de voir fleurir une vaste
gamme d’idées sur la stratégie
et les moyens à mettre en œuvre
pour aller de l’avant. L’atelier
de l’après-midi s’est
de nouveau penché sur l’énigme
israélo-palestinienne, tout
en explorant les idées concernant
l’avenir de ce colloque ainsi
que de l’esprit de Fès.
La
matinée a retenti avec
force, chaque intervenant se faisant
en ses propres termes le porte-parole
de l’urgence de la situation
mais également de l’impact
imminent du conflit sur sa propre vie.
Chaque mot était chargé d’émotion
et chacun a témoigné de
son engagement personnel et de ses
sentiments. Il a été tout à fait
remarquable de constater que, bien
que nombreux aient été ceux à parler
de la colère et des risques
de la haine, du désespoir et
de l’injustice, leurs paroles
se sont exprimées sans colère
mais soutenues par un espoir déterminé et
une croyance dans le pouvoir ultime
de la justice et des valeurs partagées.
L’esprit de Fès et son
engagement au partage de visions différentes
et à la compréhension
de ces dernières était
très présent. Il s’est
par ailleurs imposé dans les
nombreux appels lancés pour
une nouvelle étude de l’histoire – afin
de faire émerger les débats
clos et enfouis depuis longtemps et
de les examiner sous une lumière
nouvelle. La recherche continuelle
et pressante de moyens d’action
s’est exprimée en posant
la question suivante : comment
chaque individu peut-il agir pour créer
la différence ?
La
profonde et énigmatique
complexité des conflits actuels
du Proche-Orient et de l’histoire
qui les a nourris a traduit ce sentiment,
déjà partagé auparavant,
qu’il n’est de plus grand
danger que de représenter et
d’analyser les problématiques
en noir et blanc. La perspective guidant
notre avenir doit repenser l’histoire
et en revoir l’enseignement ;
une mission qui requiert une participation
active des écoles, des universités,
de chaque citoyen, des dirigeants politiques,
des institutions religieuses mais aussi
et peut-être avant tout des médias.
Lancer des accusations restera stérile – ce
n’est pas un problème
de l’occident ni celui d’un
pays, d’une communauté ou
d’un individu en particulier ;
c’est la résultante d’une
histoire complexe et interliée,
dont les projecteurs diffusent une
image totalement faussée.
En
présentant Leila Chahid,
André Azoulay a souligné son
courage, son optimisme et son sourire
contagieux, donnant ainsi le ton et
la parole à Leila qui a affirmé avec
véhémence que tous
en Israël et en Palestine ne souhaitent
que la paix. Leila a présenté son
histoire, l’exil de sa famille
hors de Palestine, son éducation
en tant que militante palestinienne
de la troisième génération
et le fait que les éléments
du conflit palestinien ont accompagné l’éveil
de sa conscience. Le temps est venu,
a-t-elle affirmé, d’en
finir avec les souvenirs du passé qui
sous-tendent le conflit. Elle a ensuite
traité du Maroc, évoquant
son amour pour ce pays qu’elle
a adopté suite à son
mariage et qui l’abrite depuis
15 ans.
Simone
Bonnet a ouvert son intervention
sur sa propre histoire – elle
a exprimé les doutes et craintes
qui l’avaient tout d’abord
immédiatement assaillie à l’idée
de venir à Fès, puis
a affirmé son identité de
marocaine par son déménageant
et en obtenant récemment un
livret de famille bien tangible – une
identité non fondée sur
sa religion juive, mais sur la citoyenneté.
Simone a salué le sens de communauté de
valeurs et d’intérêts
qui souffle à Fès, car
c’est précisément
cela qui permet à des individus
aux opinions différentes mais
partageant des valeurs communes de
se rencontrer. Cet esprit, mais aussi
la découverte et la reconnaissance
de personnes originaires de lieux souvent
diabolisés, faisant preuve d’une
humanité déterminée
et partageant ses idéaux lui
ont inculqué une force nouvelle.
Ce défi de construire des idées,
donner naissance à des actions
et même d’ériger
des institutions sur la base d’intérêts
communs au travers de mondes conflictuels
est une graine précieuse qui
doit être nourrie pour pouvoir
grandir et faire fleurir la paix.
L’amitié et
les querelles avec deux amies d’écoles
israéliennes ont apporté à Leila
un puissant sens d’humanité au-delà du
conflit : ils nous faut chérir
ce sentiment et construire sur ces
bases d’humanité le chemin
de l’espoir. Son témoignage
nous a rapprochés des débats
de la précédente journée
consacrés au Maroc et aux relations
complexes du pays avec la communauté juive à travers
l’histoire, une question à la
fois bien réelle mais qui illustre également
en tant que métaphore un défi
d’une envergure bien plus grande :
Souvenir ou amnésie ? Dialogue
ou confrontation ? Différences
des cultures ou communauté unique ?
Son récit très personnel
a fait ressortir la tristesse éprouvée à la
perte du sens de communauté qui
régnait régnant dans
le Maroc d’hier, lorsque différentes
cultures se côtoyaient, dans
la vie quotidienne comme dans la mort.
Les participants ont saisi l’importance
cruciale de retrouver le racines historiques
réelles de ce sens de communauté et
de revaloriser l’héritage
des communautés juives qui a
tant façonné l’histoire
du Maroc et celles de nombreux autres
pays du monde arabe.
Les
discussions se sont fait l’écho
des débats sur la colère,
la haine, l’indignation, la compassion,
l’inertie et la volonté d’agir,
tous soulevés précédemment
lors du colloque. Leila Chahid a soutenu
que la colère et la haine ne
doivent pas être assimilées – la
colère est avant tout issue
du sentiment profond de justice de
la cause palestinienne ; ce sentiment
s’est trouvé renforcé avec
la reconnaissance du droit d’Israël à l’existence
et ne fera que grandir s’il ne
soutient que l’action au sein
des territoires palestiniens.
Un
autre thème fondamental
et fréquemment abordé lors
des discussions a été celui
du rôle de la société civile,
un rôle clé déjà pris
en charge par de nombreux citoyens
mais qui reste cependant à déployer
plus largement pour en optimiser les
potentiels. Telle est la voie menant
aux solutions – une participation
active de chaque citoyen, mères,
avocats, docteurs, enseignants, jeunes
et anciens, et non une simple élite.
Cette société civile
est celle qui abrite les héros
et héroïnes qui ont inspiré Leila
Chahib et Simone Bonnet.
Leila
Chahib a fait rayonner le grand chêne de Fès d’une
nouvelle lumière ; elle nous
a conté l’histoire d’un
arbre encore plus ancien de Jérusalem
dont les racines puisent dans les terres
du lieu où vivait sa famille,
il y a bien longtemps. L’idée
est apparue de relier ces deux arbres,
en tant que symboles, mais aussi plus
concrètement, en tant qu’éléments
relationnels pour guider notre avenir.
Le second panel s’est
penché sur une large gamme de
thèmes forts, parmi lesquels
la colère, la haine, le souvenir,
l’histoire, le sens de communauté et
la solidarité. Les discussions
ont révélé l’ambivalence
caractérisant la voie du futur
et la difficulté à rompre
avec l’amertume. Toutefois, la
question de Fatema Mernisi, souvent
reprise, s’est imposée
comme une ligne directrice majeure :
que pouvons-nous faire ?
Où, quand, comment, que faire
et par quels moyens pouvons-nous agir
pour aller dans la bonne direction ?
De nombreuses réponses – certaines étayées
par des voix d’Afrique du Sud
ainsi que des États-Unis, évoquant
la rupture marquante avec un système éducatif
distinct mais égalitaire entre
les Noirs et les Blancs – ont été apportées
et nous ont souvent rappelé que
la diversité, la ténacité,
la complexité et la créativité des
actions de chaque citoyen sont les
véritables moteur du changement
et les réponses aux problèmes
les plus rebelles.
Il
nous a été rappelé que
la paix, n’est après tout
pas si complexe. Elle repose somme
toute sur des valeurs très simples, à savoir
le respect d’autrui. L’enjeu
tient au fait qu’il n’y
a pas une paix, mais plusieurs paix.
Celles-ci partagent cependant des fondements
simples et identiques pour nous tous.
Pour
finir, Leila Chahib nous a demandé de
ne pas nous fier à ce qui est
présenté aujourd’hui
comme la panacée – à savoir
penser globalement et agir localement – pour
au contraire, penser globalement et
agir globalement TOUT EN pensant localement
et en agissant localement. En d’autres
termes, un appel à la mobilisation
de toutes nos énergies dans
le but ultime d’apporter la paix
et le changement. Nous devons réveiller
ceux qui sommeillent.
L’atelier
de l’après-midi a
pris la forme d’une séance
de « brainstorming »,
de laquelle ont émergé des
idées diverses et variées
et la constitution d’un comité ayant
pour mission de les identifier et de
les explorer plus profondément.
Parmi ces idées, le projet d'un « appel
de Fès », des suggestions
d’établissement de contacts,
des propositions d’actions au
niveau des médias, une action
au Maroc, et avant tout, la recherche
de toutes les voies possibles pour
maintenir et faire souffler encore
plus fort l’« esprit
de Fès ».
Parmi
les intervenants : Leila
Chahid et Simone Bitton ont dirigé les
présentations du premier panel
animé par André Azoulay
et Faouzi Skali ; le second
panel réunissait André Azoulay,
Mohamed Zaoui, Fatema Mernissi, Susan
Steiner, Mireille Mendes-France,
et Simon Levy, sous la direction
de Faouzi Skali.
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