Le voyage initiatique : du mystère à la révélation

Le voyage est une quête de soi, de l’autre, de l’Autre, des multiples formes et acceptions de la nature  et de la vie des hommes, et de leur rapport à la Terre, au ciel, à l’espace et au temps. Réel ou imaginaire, physique ou mystique, profane ou religieux, libre ou contraint, il a souvent joué, dans notre histoire, nos croyances, nos sentiments un rôle initiatique, auquel l’édition 2010 des Rencontres de Fès sera consacrée.

Elle abordera cinq aspects complémentaires des confins du voyage et du sacré.
Le voyage intérieur que nous faisons, consciemment ou non, à la recherche de nous-mêmes, de ce qui nous divise, de ce qui nous réunit, de ce qui nous émeut, et, bien sûr, de ce qui nous dépasse, en excédant notre entendement, ou en étant plus grand que nous, et en nous élevant au dessus de nous-mêmes, par la foi, l’art, ou la longue suite des petites et grandes pensées et actions qui forgent notre parcours intime et, de siècle en siècle, notre histoire.

Le voyage dans les écritures, textes parmi les textes, livres parmi les livres dont nous faisons depuis des siècles l’exégèse, qui pour les uns sont la règle et la foi d’une vie, et éclairent son mystère, pour d’autres restent la trame d’un questionnement essentiel, pour d’autres encore des jalons de l’évolution des sociétés humaines, mais aussi textes  profanes, créations de penseurs, écrivains, poètes qui nous entraînent dans l’irréel, l’intemporel et le surnaturel évoqués par Malraux et selon sa formule arrachent quelque chose à la mort.

Le  pèlerinage, devoir du croyant dans l’islam, acte de foi dans la chrétienté, le judaïsme et tant d’autres religions, qui depuis des siècles font prendre la route de Jérusalem, de la Mecque, de Compostelle ou de Lourdes et de tant d’autres lieux de sainteté, de piété et de recueillement, aux origines de la foi, ou à son ressourcement, mais aussi retour de tant d’entre nous sur les lieux d’une enfance, d’un passé, ou vers les lieux symboliques d’un peuple, d’une nation ou de l’humanité, fussent-ils le legs de civilisations disparues, mais qui appartiennent à la civilisation toute entière.

L’exil, voyage souvent contraint, parfois sans retour, qui laisse derrière soi des lieux dont la mémoire demeure, la nostalgie reste, et la trace souvent douloureuse se transmet de génération, mais  qui est aussi un enrichissement mutuel, dont naissent tant de livres, d’œuvres d’art, de musiques, nées du croisement de cultures diverses et qui en deviennent d’autres, sans cesse régénérées.

L’exploration – voyage mythique, enfin, qui depuis la nuit des temps pousse à aller au-delà de l’horizon,  de l’autre côté des océans ou en haut des montagnes. Mythique d’Ulysse à Dante et Gulliver, historique d’Ibn Battuta à Christophe Colomb, Marco Polo, et Amundsen, elle conduit à des mondes merveilleux et imaginaires, et dans les glaces des pôles, aux souces du Nil et au sommet de l’Everest, où se hissent Hillary et Tensing, qui parachèvent l’entière connaissance du Monde par le Monde, dessinant les chemins de l’au-delà.

Heureux ou malheureux, porteur de découvertes et de rencontres, d’illuminations de la foi ou d’accomplissements de l’esprit et d’autant d’exactions, de souffrances et de conquêtes, le voyage est un mouvement de la vie aussi ancien qu’elle.
Il en découle,  en témoigne, et nourrit sa dimension spirituelle. Doutez de ceux qui croient, croyez en ceux qui doutent écrivait Gide aux jeunes gens. Le voyage est initiatique en ce qu’il apporte à tous la certitude la plus précieuse : celle de la beauté et de la diversité du Monde, qui invite à la foi, relativise les bréviaires, et donne au voyageur matière à douter et à croire, d’autant mieux qu’il aura cherché.

A son juge qui la poussait au blasphème en lui demandant si Dieu la tenait en état de grâce, Jeanne d’Arc  répondît « si je n’y suis, qu’il m’y mette, si j’y suis, qu’il m’y garde ». Puissent les voyageurs du Monde entier demeurer ou devenir libres de douter ou croire comme nous le serons sous le chêne de Batha, devenu le symbole de nos rencontres, et puissent les croyants se souvenir du rappel que fît la bergère devenue connétable à l’évêque devenu bourreau que juger de la foi des hommes ne peut appartenir qu’à Dieu.

Nadia Benjelloun

Recherche programmation

Du Au
   
 
09H - 13H
18H - 20
Samedi 5 juin
Musée Batha
Voyage intérieur
 
Palais Jamaï
Frédéric Vitoux-Catherine Enjolet
Dimanche 6 juin
Musée Batha
Voyage dans les écritures
Riad sherazade
Abdellatif Laabi-Driss El Maloumi-Naziha Meftah
Lundi 7 juin
Musée Batha
Le pélerinage
Palais Jamaï
Hassan Massoudy
Mardi 8 juin
Musée Batha
L’exil
Palais Jamaï
Alexandre Adler
Mercredi 9 juin
Musée Batha
Voyage mythique
Palais Jamaï
Michael Barry
Jeudi 10 juin
 
Palais Jamaï
Jean Clair
Vendredi 11 juin
 

Programme des Rencontres de Fès en PDF