À la quête d’un autre sacré

« Et si les cordes du luth alors vibraient,
Je chanterai mon chant de ma voix timbrée
Des airs pleins de symboles et de métaphores
Toi m’abreuvant du vin divin de ton amphore
Les cierges tel un phare jettent leur lumière
Dans une si douce et sylvestre atmosphère. »
Ahmed El Grabili, tisserand du XIXe siècle, originaire de Fès

Fès, creuset de la civilisation arabo-musulmane est née de la quête mystique de ces pèlerins  d’antan, de ces voyageurs de l’esprit qui, traversant  quelques terres  lointaines ont façonné, par leur démarche nomade, une certaine conception du sacré.

Aujourd’hui, face à un monde en pleine mutation, où la place du sacré dans le quotidien est toujours plus restreinte, c’est dans l’art et la musique que ce dernier peut encore se réfugier, dans cet univers émotionnel où subsiste encore cette quête de la plénitude ou de l’extase que peut provoquer ce déchirement de l’absence du bien-aimé, telles qu’aiment le chanter encore quelques grandes voix de l’Orient.
Le sacré d’aujourd’hui est donc amené à voguer d’un monde de transmission et de ritualité à un monde urbain l’obligeant à se  réinventer perpétuellement.
C’est ce que ce festival tente précisément  de mettre en valeur artistiquement : la confrontation d’un héritage traditionnel et universel face à la mondialisation culturelle.
 
Ce festival est aussi une traversée : celle des océans et des continents… Découvrir les grandes traditions de l’Asie et  de l’Afrique et celles d’un Orient et d’un Occident qui s’entrelacent constamment.

Véritables patrimoines de l’humanité,  les arts traditionnels sont le dernier abri du surnaturel et prolongent la beauté antique du geste révélé,  tout comme celui, gracieux, des  Apsaras descendues du ciel, les danseuses déesses du Ballet royal du Cambodge, ou celui des enfants danseurs Gotipuas des temples hindous de  l’Orissa, ou encore celui, lancinant, des rituels soufis de Zanzibar.
Cette île sera à une certaine époque la pierre angulaire de l’esclavage des peuples d’Afrique ; une Afrique, qui verra ainsi sa culture et sa foi se prolonger à travers le soufisme de l’Océan Indien ou le gospel d’une Amérique noire incarnée par des artistes comme The Blind Boys of Alabama, source d’inspiration pour des musiciens contemporains, à commencer par Ben Harper.

Face aux nouvelles religions monothéistes chrétiennes et musulmanes,  les croyances ancestrales, comme celles  des Maîtres Tambours du Burundi,  continuent à se transmettre. Venus des Caraïbes, avec les tambours Ka de la Guadeloupe divulgueront leurs rythmes cérémoniels auprès des jazzmen David Murray et Archie Shepp.
 
La créativité des peuples des montagnes, des mers et des déserts se révèlera à travers un voyage  musical nocturne dans les sites historiques et les riyads de la médina.  Sous la nuit étoilée, se perdre le temps d’une soirée, dans le labyrinthe de ruelles devenues planétaires, de la synagogue du mellah à Dar Tazi. Ce parcours, à la fois ludique et initiatique, sera  une invitation à découvrir un autre Orient : celui, nomade, des steppes de Mongolie ou des plaines d'Anatolie ; celui, mystique, des grands fleuves comme le Nil où le sacré rime avec festivité. De Kaboul à Constantinople, la musique des grandes cités sera également mise en lumière.
Célébrer Jérusalem, la ville aux trois religions avec  Jordi Savall ou goûter à l’ancienne musique juive de Baghdad, sont d’autres manières de découvrir la richesse et le rôle culturels des grandes cités historiques.
 
En Orient, la voix a toujours incarné le sacré ; elle est l’essence même de ce qui est révélé, dans un art qui puise son existence dans la parole divine et la poésie mystique. De Shahram Nazeri, symbole du chant classique  persan, aux grandes voix d’Alep réunies autour de Sabah Fakhri, jusqu’à Dhafer Youssef, à l’origine d’une nouvelle approche  du chant soufi, cette édition mettra à l’honneur cette âme vive de l’Orient.

Enfin, ce festival se voudra à l’écoute d’un nouveau sacré porté par des artistes originaux dont la création mobilise cette part de surnaturel qui habite le quotidien urbain. Les grands tablaïstes indiens Vijay Ghate et Talvin Singh nous emmèneront ainsi dans un univers rythmique et visuel, au même titre que la chanteuse Camille, à l’inspiration syncrétique.

Ainsi, Fès, à l’occasion de cette XVIe édition, restera le centre de cette effervescence musicale et festive, où le sacré peut être le fil conducteur d’un véritable dialogue culturel, mais aussi le ferment d’une nouvelle vision de l’art.
 

Alain Weber, directeur artistique

Recherche programmation

Du Au
   
 
Vendredi 4 juin
Samedi 5 juin
Dimanche 6 juin
10h
     
16h
 
Musée Batha
Les jeunes danseurs Gotipuas
Musée Batha
Shakila Saidi et le Rajab Suleiman Trio
20h30
Bab Al Makina
Le Ballet royal du Cambodge
Bab Al Makina
Bamako Connection
Bab Al Makina
Rituel soufi et rythmes sacrés
 
Lundi 7 juin
Mardi 8 juin
Mercredi 9 juin
10h
     
16h
Musée Batha
Ahmed Essyad et l’ensemble Accroche Note
Musée Batha
Ensemble SamulNori Hanullim
Musée Batha
Parvathy Bâul
20h30
20 H
La synagogue Ben Danan
Gülay Hacer Toruk et son ensemble-Ustad Gholam Hossain et son ensemble-Epi-Les Musiciens du Nil-Kiya et Ziya Tabassian-Camille & Clément Ducol-Ensembles Constantinople et Barbara Furtuna-La nuit de la médina
Bab Al Makina
Shahram Nazeri, Hafez Nazeri et l’ensemble Rûmî
Bab Al Makina
Jordi Savall
 
Jeudi 10 juin
Vendredi 11 juin
Samedi 12 juin
10h
Musée Batha
Pandit Hariprasad Chaurasia
   
16h
Musée Batha
Ensemble Baghdad-Jerusalem
Musée Batha
Dhafer Youssef Quartet
Musée Batha
David Murray-Archie Shepp
20h30
Bab Al Makina
Sizero Tabla Experience
Bab Al Makina
Les grands voix d’Alep
Bab Al Makina
The Blind Boys of Alabama-Sista Kee


Le programme des Musiques Sacrées en pdf